Carnets de voyages 3: Same Same but diferent.

Publié le par Y.

Lundi-récit numéro 3, on part pour le Cambodge.

 

Cambodge, le 19 janvier 2010.

 

Mais qu'est ce qu'elle dit encore?
"Same same but different'' est décidément l'expression qui rythme mon trajet depuis bientôt un mois. Trouvant son origine on ne sait où, elle est utilisée a toutes les sauces par les cambodgiens y voyant là une forme d'humour décapant.

Exemple: ''Whaouu cette montre a 2 dollars est-elle vraiment une Rolex?" demande le touriste surpris."Oui oui same same but different!''

Exemple 2: ''Hum hum cette personne ressemblant fortement à un Ladyboy est-il une femme?". "Oui oui! same same but different''.

Généralement suivi d'un éclat de rire.

Et quand je pense que certain trouvent encore que mon humour laisse à désirer...
Bref, tout ça pour dire que, vous l'aurez compris, le Cambodge par rapport a la Thailande, c'est...same same but.
"Same same" car Bouddha et temples partout, même torpeur asiatique et même climat.

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Mais aussi terriblement différent, plus pauvre, plus rude. D'ailleurs, même les paysages reflètent cela, la nature -magnifique- est pourtant plus voilée, moins exubérante et offerte, peut-être plus aride, toujours derrière cet écran de fumée ou de poussière qui lui donne ces couleurs pastels et cette atmosphère si particulière.

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Le premier abord est aussi plus dur avec les gens (et pas seulement parce que la langue est plus agressive). Parfois, l'impression d'être un vrai porte monnaie sur pattes est un peu pesante.

Oui, certes, je suis sûrement beaucoup plus riche que toi mais ça  ne veut pas dire que je dois tout payer 10 fois ce que ça vaut ou acheter 5 bracelets a 1 dollar par jour. En effet, ici tout vaut 1 dollar. Je ne compte plus les enfants se promenant en ville et abordant les touristes en leur proposant livres, cartes postales, bracelets et autres broutilles pour ''wouane dallare cheap cheap for you lady!!!''
La partie la plus fatiguante du voyage ici, consiste à toujours devoir refuser, négocier et trouver le bon équilibre entre consentir a payer plus cher que les locaux sans trop se faire avoir non plus.


Le plus usant étant quand même les mensonges.

Pêle-mèle:

Le tuk-tuk nous amenant à la frontière cambodgienne nous a arrêté dans 3 offices différents délivrant des visas plus chers que la normale (tous nous assurant qu'on ne pourrait pas obtenir de visa a la frontière ce qui est faux).

Au marché: ''Oh not same Tshirt except here''. Mais bien sûr! Sauf que je les vois d'ici, les mêmes dans tout le marché. Et j'en passe..

En gros, le touriste paie ici dix fois plus cher que les locaux. Ce qui est plutôt de bonne guerre.

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Tiens en parlant de guerre (et pas bonne), il y a ça aussi, des stigmates plus ou moins apparents d'une histoire pas très réjouissante et qui vous saute à la figure sous forme  de mendiants sans bras, sans jambes ou grands brûles. La visite d'une ancienne prison Khmère ironiquement ornée d'un panneau ''interdit de rire'', comme si voir les cellules de torture et les photos de tous les prisonniers tués vous déclenchait une irrésistible envie d'exploser de rire...

 

Il y a aussi tous ces enfants, partout, terriblement débrouillards et malicieux (et pourtant je suis généralement pas fan de ces choses là). En scooter, au travail ou dans la rue.

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Souvent laissés à eux-mêmes mais s'en accommodant plutôt pas mal. Les Khmers rouges et divers bombardements américains ayant tué un tiers de la population à l'époque, il ne reste pas grand monde au-delà de 40 ans...

DSCN1824Côté voyage proprement dit, après un passage de frontière pour le moins épique et éreintant (avant-goût de la persistance des chauffeurs de tuk-tuk cambodgiens qui ne vous lâchent pas et vous harcèlent littéralement) (Bon test de self control) je suis arrivée par l'ouest et Siem reap. J'ai débuté par la visite des temples d Angkor sur trois jours, impressionnants mais impossible a décrire, une atmosphère... Ensuite, Kompong thom sur le bord du Lac Tonlé Sap  puis Phnom Pehn, la grande ville foisonnante, sale, bruyante avec ses sortes de favelas mais pourtant si attachante. Retour a Siem reap ensuite pour récupérer ma carte bleue à la poste dans une grosse boite ouverte a tous et sur laquelle est vaguement inscrit ''Poste restante''...Ouf!

 

Sihanoukville ensuite et la plage. Rien de comparable a la Thailande. Il faut aussi dire que, arrivée là-bas pour le 31, j'y ai passé la journée à chercher en vain une chambre alors que tout était complet. Journée sûrement la plus fatiguante et nerveusement éprouvante depuis le départ qui a faillit se solder par le meurtre d'une famille entière essayant de me louer une chambre miteuse comme jamais j'ai vu pour 25 dollars la nuit avec en prime Blanche neige et Cendrillon sur les murs.

Départ pour Kampot donc et la récompense d'un réveillon au bord du lac avec feux d'artifice et cocktails à 2dollars. Les fêtes de fin d'année paraissent un peu réelles ici, par plus de 30 degrés. Surtout, personne ne les fêtent à part les touristes. C'était donc une fête comme une autre et c'est pas plus mal...
Kep ensuite puis Kratie pour finir dans la province du Ratanakiri perdue au bout du monde, véritable Far West poussiéreux dans lequel le simple fait de circuler à moto est un exploit et vous laisse la peau rouge de poussière.

DSCN1900Je voyage pas mal avec un anglais depuis quelques temps. Il est féministe et situationniste, c'est dire si on peut s'entendre. Il m'apprend l'anglais, je lui apprends le sens de son mot français préféré: ''flâner''. C'est plutôt un bon compromis. Moins de rencontres extérieures mais une bonne entente. Et c'est assez reposant d'être deux (surtout quand il faut conduire un scooter automatique sur les routes pour le moins chaotiques du Cambodge).

Le temps passe décidément trop vite. Deux mois déjà dont un dans ce pays. Il faut dire que la notion du temps ici n'est pas la même, plus de laisser-aller, on attend tranquillement que le temps passe en faisant la sieste sur son tuk-tuk ou dans son échoppe. Les horaires de travail sont très étendus, la majorité des gens se levant tôt, mais le travail en lui même est loin d'être intensif! Mode de vie différent, et décidément agréable. D'ailleurs, moi-même, je commence à me laisser tenter quelques fois, à paresser au même endroit plus de temps qu'il ne faudrait, sans pour autant m'ennuyer une seconde. Et ensuite mieux repartir et affronter les crazy bus cambodgiens dans lesquels rester vivant est un exploit quotidien (ceci dit plutôt pour les motos et piétons au bord de la route).

Voili voilou pour le tableau rapide du Cambodge, ça peut paraître moins attrayant mais malgré tout, ça reste un endroit superbe et très agréable. Peut-être même plus encore avec la fierté d'avoir passé les barrières de la première approche. Beaucoup de tendresse pour ce lieu. Et plus que les temples d'Angkor (et leur flopée de touristes), j'en retiendrais sûrement une atmosphère difficile à décrire.

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Essayons quand même avec quelques instantanés cambodgiens:
-Avoir les pieds sales tout le temps, se déchausser et remettre ses chaussure : 100 fois par jour (temples obligent).
-''Buy book lady cheap for you!'' ''Buy something from me lady'' ''Tuk tuk lady'' : 50 fois par jour.
-La mode du pyjama. La plupart des cambodgiennes se baladent dans ces pyjamas en toile, boutonnés jusqu'au col. Une mode assez particulière contrastant fortement avec les tenues de jour de fête et notamment de mariages, kitschissimes à souhait et le maquillage à la truelle qui va avec tout comme le sourire à la Laetitia Halliday (pour les non lecteurs de Voici, comprendre:  vide et niais).
-La lumière inénarrable et parfois magique.

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-Les ''happy pizza'' ou ''happy shake'' de Phnom pehn. Un bon filon à touriste. Des restaurant qui proposent pour 1 dollar de plus le ''supplément happy'' qui fait rigoler. Testé un soir, sceptiques. Une heure après, toute scepticité s'était envolée. Very very happy.
-Les cigarettes à 10 centimes d'euros. No comment. La bière Lao et l'Angkor beer. Re-no comment.
-Mon héroïque sauvetage d'un geycko plongé dans un baril de lessive. Et les insectes environnants, toujours.SE Asia 055
-6 heures a 23 dans un minivan entassés entre paquets de riz, un scooter et des tonnes de sacs sur les routes cabossées du nord-est. Décidément les moyens de transports sont souvent chargés...

-Ce LONG LONG trajet dans le 4*4 d'un riche suisse entrepreneur/magouilleur (''Oui ce building c'est à un ami à moi, et celui là aussi...'') avec sa ''compagne'' cambodgienne de 20 ans de moins. Je me suis laissée traîner car c'était un trajet gratuit mais je n'ai pas décroché un mot ou un sourire pendant 4heures.
DSCN1819-Quelques plaisir français aussi, la ''baguette butter et jam'' a 1 dollar du matin (Merci la colonisation), le plaisir de tomber sur un épisode de Kaamelot en français à la TV et de lire en français aussi (''100 ans de solitude''  de Gael Garcia Marquez pour le dernier en date).
-Les moines toujours ébahis que je ne sois pas encore mariée à mon âge et voyageant SEULE de surcroît! Pourtant, quel sentiment de sécurité ici!
-Enfin et surtout, les routes, la campagne cambodgienne partout. La vie autour des maisons sur pilotis. Il parait que ''ce qui compte c'est pas la chute c'est l'atterissage''. Ici c'est tout l'inverse. Aller à un endroit est plus un prétexte à la découverte des paysages environnants et à la pratique du sport national de slalom entre chiens endormis, enfants, buffles et coqs.

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Sinon, je vous narguerais pas plus mais il fait chaud, TRES chaud. Pas une minute de pluie en un mois, ce qui fait donc 10 minutes à mon compteur depuis mon départ. Hier, j'ai quand même mis un petit pull le soir, moins de 20 degrés, j'ai plus l'habitude.


Je vais bien, mon seul problème de santé se résumant pour l'instant à d'étranges tâches blanches sur mes ongles. Mes vieux démons m'ont rattrapé. Il y a quelques jours, j'ai rêve du Grand Oral. Certains traumatismes restent. Le sujet était : ''Rendez vous nue en salle d'examen et expliquez en quoi cela est féministe ou pas..''. Mono-maniaque. Coup dur.

Me voilà au Laos depuis quelques jours. Passage de frontière sous le drapeau rouge (accroché partout ici), millionaire depuis 1heure après mon passage à la banque pour échanger ma monnaie (ne vous méprenez pas, c'est juste que 1 dollar vaut 8400 kips) et effarée par la gentillesse et l'harmonie qui règne ici. Cool.

Je prends parfois des nouvelles de France, ça ne parait pas brillant ni joyeux. J'avais prévu des blagues sur la mort de Philipe Seguin pour vous remonter le moral (car c'est bien connu, une blague sur Philippe Seguin et tout repart!) mais voilà que j'apprends la mort de Mano Solo, alors je vais m'abstenir, effectivement tout fout le camp...

 

 

Publié dans Carnets de voyage.

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