Découvrons le féminisme en chanson avec Michel Sardou.

Publié le par Y.

 

En cette rentrée sociale et au moment même de l'anniversaire des 40 ans du MLF (le 26/08 dernier), qui aurait cru que ce serait lui qui apportait sa pierre à l'édifice de la contestation. Toujours engagé, il chante pour les femmes et attention, ça balance!

 

"Je voulais faire un bilan charmant de ces "femmes de années 80" qui sont devenues actives, mais n'ont peut être pas autant gagné que cela". Oh! S'intéresser à notre bonheur! Comme c'est mignon! Vraiment fallait pas....

 

 


 

Vous avez aimé "Femme des années 80"? Vous adorerez "Femme des années 2010". Même refrain lancinant (Fââ-ââmme! Etre une fâââ-ââmme!) saupoudré de beats "techno-dance" pour la modernisation. Chouette! Enfin une alternative aux "Lacs du Conemara" pour faire danser dans les boites en fin de soirée arrosée. Un peu facile quand même...

Le clip est une pure merveille. En intro et pour chaque refrain, des femmes à moitié nues se frottent lascivement les unes aux autres, cheveux au vents et regards sexy en diable. Saluons également le passage "pub de gel douche"... Bref, la femmes des années 2010 sera jeune, grande, mince, nue et sexy avec une bouche pulpeuse ou ne sera pas. Merci Michel pour cette vision diversifiée de la beauté des femmes.

Alors quand même, il faut bien avouer une chose. Quel acteur ce Mimi! Nul autre n'aurait pu nous faire ce petit regard mi-vicieux, mi-paternaliste qui nous fait toute craquer. Et que dire de ce froncement de sourcil rageur ou ce bras tendu dans la dénonciation...

Ceci dit, les goûts et les couleurs.. il parait que ça ne se discute pas.. (mouais) passons donc au meilleur: le message!

 

Et ça commence fort. "Depuis les années 80, les femmes sont des hommes à temps plein, fini les revendications ce qu'elles ont voulue maintenant elles l'ont". STOP!  Ah bon? Sans tomber dans le misérabilisme, quelqu'un devrait peut-être rappeler à Michel le nombre de viols, femmes battues à mort par leur conjoint, de discriminations à l'embauche, différence de salaires et autre joyeusetés de ce genre. Je doute que les féministes n'aient jamais manifesté pour cela... Si?

 

Après cette première sortie digne des plus belles discussions de comptoir, s'en suit une description des plus fine "La FDA 2010" (Femmes des Années 2010 pour ceux qui suivent pas) à travers l'archétype central de la chanson: la femme d'affaire.

Ouuuhhh! Elle fait peur dis-donc! Elle ressemble à une maîtresse dominatrice et tape du poing sur la table en effrayant les pauvres hommes sous ses ordres!  Version caricaturale à l'extrême, une boss ultra-gaulée et "féminine" (donc logiquement hystérique) qui se venge de son absence de pénis en voulant castrer tous les hommes alentours. Eric Zemmour on t'as reconnu, n'ait pas honte, c'est une reconversion réussie parolier.

Alors selon la chanson, "La Femme" est triste parce qu'elle a trop de pression et qu'en plus, elle est overbookée parce qu'elle doit se "remaquiller dans l'ascenseur, passer en coup de vent chez le coiffeur". Sous entendu: "La Femme" a ses propres préoccupations qui lui prennent du temps (se faire belle), il est donc dur pour elle de concilier sa féminité et son boulot. Depuis le temps qu'on vous le dit que leur dit qu'elles sont pas faites pour ça! Laissez faire les hommes,  qui eux supportent un rythme de travail élevé.

Bon, faudrait peut-être lui rappeler que ces diktats de beautés nous sont socialement imposés (notamment par ce clip!), sans mentionner ici que le cumul le plus pesant, c'est plutôt celui avec le travail domestique (encore largement supporté par les femmes) que les soins de beauté.

 

Mais le vrai  drame féminin des années 2010 le voici:  "Quand à l'amour elles n'y pensent plus, juste un amant qu'elles ne revoit plus (...) elles y reviendront évidemment avec leur premier cheveux blanc". Mon dieu! Le voilà le problème! Les femmes peuvent agir comme des hommes! Il parait même que certaines couchent sans sentiments!!!! Et ça, ça fait peur. (Heureusement elles finissent par se ranger. Ouf!)

Remarquons tout de même ensuite la seule phrase plus ou moins sensée de la chanson, caution anti-critiques où il est mentionné l'inégalité des salaires. Ce qui, soit dit en passant, contredit le couplet précédent. Bien joué!

 

Enfin, la solution, la morale de la chanson, le feu d'artifice, le pompom de la pomponette comme dirait l'autre (qui est toujours suspect et con surtout dans le monde de Michel). Tenez vous bien, fini les revendications sans réponses, les aigries râleuses qui ne proposent rien, Michel lui, il propose, du concret, de vraies solutions.

Je vous laisse savourer : "Il suffit de retrouver l'adresse du type gâché dans leur jeunesse, un homme gentils qu'elles ont laissé (...) être une femme et belle à la fois (...) laisser un homme faire ce qu'il veut et puis s'endormir contre lui, laisser les dossiers aux orties, se dire qu'on fond on est une femme et mon dieu ce n'est pas un drame, femmes pour aimer se faire aimer".

 

Que dire.... Arrêtez moi si je me trompe, cela voudrait-il dire qu'elles doivent arrêter de penser à leur vie professionnelle comme les horribles carriéristes qu'elles sont devenues car cela les a fait passé à côté d'un bonheur plus grand L'Amouuur, le vrai (homme dominant au commandes donc) qui fera d'elle, une vraie femme, une belle femme. En bref...attention question qui tue, pavé dans la marre: "ont-elles perdues ce qu'elles ont gagné"?

 

Malheureusement, j'entends d'ici les commentaires "Y'a pas que du faux hein? Elles se plaignent mais elles l'ont bien cherché". Alors le débat reste sans fin, le travail n'est bien évidemment pas toujours une libération ni une fin en soi. Mais en tout cas, il ne l'est pas moins pour les femmes que pour les hommes.

C'est pourtant bien le sous-entendu ici, l'épanouissement des femmes ne passe pas par le travail ou la libération sexuelle, "La Femme" sera tellement plus heureuse auprès de son homme, comme avant, douce, belle et docile en bref, une vraie femme fé-mi-ni-ne. Non mais oh! Que chacun reconnaisse sa place tout de même! Halte à la dérive morale et au brouillage des genres.

Alors est-ce caricatural que de comprendre cela des paroles? Car pour moi le plus triste étant que sous ces airs bonhomme de "bilan charmant" en chanson se cache un message si rétrograde ressassant les clichés.

Ou alors suis-je vraiment passée à côté de quelque chose? Car après tout je ne suis qu'une femme....

 

La semaine prochaine nous découvrirons le respect de l'autre et la tolérance avec deux autres monuments du répertoire sardousien, "Musulmanes"Au temps béni des colonies".

 

 


 

 

 

 

 

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Neko 02/09/2013 10:52


Bonjour. C'est un joli article, pas vengeur, mas railleur, certes pas objectif, mais sincère et éclairant sur les clichés et préjugés d'un Sardou décidément sexiste. Le pire reste toutefois selon
moi une de ses chansons des années 70, "Les villes de solitude", contenant un passage bien secouant : "J'ai envie de violer des femmes, de les forcer à m'admirer". Apparemment, même à l'époque,
la chanson française avait déjà son Robin Thicke et ses Blurred Lines… Bonne continuation !

alex 01/09/2010 00:33


rien a voir avec le feminisme mais 'ils ont le petrole, et c'est tout' du meme michel s. vaut aussi le detour... autre temps certes mais deja plein belles idees... jackie qu'as tu fais ?


Y. 01/09/2010 14:02



Tout d'abord Alex bienvenue! Spéciale dédicace à mon premier commz (comme on dit dans le milieu) et n'hésite pas le faire à nouveau si ça peut permet de découvrir de si beaux monuments de la
chanson (je ne connaissais pas, j'applaudis des deux mains!).