Féminisme et contradictions: j'avoue, je trompe parfois Virginie Despentes avec Dalida.

Publié le par Y.

 

 

Je suis amoureuse de Virginie Despentes.

 

9782246686118Bien évidemment, pas question ici de grand romantisme ou de coup de foudre (entre Teen Spirit ou Les Jolies choses, on ne peut pas dire que mes premières lectures m'aient vraiment bouleversée). King Kong Théorie est surement le premier qui m’a vraiment interpellé, une bonne claque dans mes idéaux féministes-égalitaristes-idéalistes-bisounours naissants, qui m’avait laissé un peu sceptique mais tournait et retournait dans ma tête. Trop dérangeant pour qu’on s’y attarde vraiment.

 

 

 

 

9782290308790Mais l’apothéose de mon amour, ce fût Baise Moi . J’avais grandie, et déjà plus queer que Badinter, je découvrai ce film dans une jouissance non contenue.

Pas parce que tout son propos est cohérent, juste ou vrai mais parce qu’il questionne et vous saute à la figure sans concession. Pas parce que je suis d’accord avec elle mais parce qu’elle me bouscule avec un des films les plus subversifs jamais vus, qui envoie bouler tous les clichés avec une cruauté implacable de réalité. Pas seulement parce que des nanas tuent et baisent mais aussi parce qu’elles s’aiment sans être des petites choses fragiles à protéger. Parce que dans tous les films on tremblerait pour une fille qui se ferait embarquer pour baiser dans une chambre par deux mes et parce qu’en fait c’est ce vieux mec qui aurait du se méfier de ces filles-là, ces deux tueuses de « connard à capotes ».

Et enfin parce que c’est quand même une des seules qui ose faire en interview de façon très calme le lien entre mariage et prostitution. Respect.

 

En bref, « Parce qu’une chatte c’est comme une bagnole, quand on sait qu’on peut se la faire braquer on laisse pas des objets de valeur à l’intérieur » (Cf.Baise Moi), elle désacralise et nous prouve que montrer sa chatte peut-être aussi un moyen de montrer ses dents et sa rage.

 

La semaine dernière, j’ai assisté à une conférence sur l’IVG. L’intervenante argumentait sur le fait que si le sujet était tabou ce devait être parce que les femmes ne voulaient pas en parler car c’était une blessure profonde et de l’ordre de l’intime. Certes. J’ai quand même pensé à Virginie Despentes qui aurait surement répondu qu’avorter peut aussi être un choix conscient et pas seulement une épreuve. Un acte pas forcément plaisant mais nécessaire, un peu comme aller se faire arracher une dent.

 

Bref, on l’aura compris, entre Virgine et moi c’est l’amour fou (surtout si l'on parle d'amour unilatéral). Virginie c’est mon côté féministe-provoc assumé, mon côté majeur tendu vers qui le cherche ou pas. 

 

dirty-dancing.jpgMalheureusement, ma vie sentimentale est un peu compliquée.

Et parfois, dans un souffle de faiblesse je me retrouve à faire des choses dont j’ai honte comme regarder Dirty Dancing, écouter Lady Gaga ou chanter Dalida à tue-tête.

Honteuse de cette tromperie infâme, j’adopte alors les réflexes primitifs du coupable : regret, honte et secret. Parfois, j'avoue, dans un élan de faiblesse, j’achetais des magasines féminins avec la même honte que j’aurais eu à acheter le dernier Partouze magasine ou Valeurs Actuelles.

Pour me rattraper je me plonge alors dans un livre plein lourd de théorie féministe....mais finalement replonge toujours du côté obscur.

 

lady-gaga-pic-youtube-630558663En pleine double vie, j'adopte les réflexes de l’amoureux trompeur tentant de se déculpabilise en se trouvant des justifications. Répétant à qui veux bien l’entendre que oui Flashdance est un film féministe, que Lady Gaga est quand même hyper subversive et que pour critiquer et analyser sociologiquement l’ennemi il faut s’en approcher (d’où le fait que je connaisse plus de 3 chansons de Michel Sardou par cœur.)

 

 

Cette double personnalité m’harasse, ce conflit intérieur me brule. 

La femme ou l’amante, la mère ou la putain, Simone ou Britney ? Entre les deux mon cœur balance.

                               Brit.jpg                                  Simone.jpg

 

 

Du temps où je bossais à MacDo, un gentil client nous avait apporté des magasines sportifs. Me voyant derrière la caisse, il s’excusa longuement en me jurant de revenir le lendemain avec un magazine people pour moi (la fille). Autant dire que j’ai drôlement ralé sur les stéréotypes, me suis mise à lire la page foot…deux minutes 30… En priant que Public apparaisse caché dans le tas.

Je suis définitivement schizophrène.

 

biba3.jpgLe choix est parfois possible. Comme entre un amour sérieux et l'erreur inconsciente d’un amant d’un soir trop bourrée qu’on peut se permettre de ne pas recommencer. Mon amant de trop sera les magasines féminins, promis celui-là j’arrête. (Merci au blog de Ugly Sally pour la photo)

 

 Mais pour le reste…

 

 

  

Et finalement, je me dis que Virignie se marrerait surement bien en me voyant essayer de me dépêtrer de mes conflits pseudo-idéologiques. Essayer de suivre une ligne ou un cadre de pensé trop rigide sans s'en écarter d'un iota, ça la ferait surement vomir elle qui pousse justement à l'émancipation des pensées toutes-faites.

Elle m’apparût soudain telle une Vierge Marie rock'and'roll et dans un sourire me proposa son absolution avec une solution très simple. On fera un ménage à trois voire une grande partouze collective, elle, moi et mes contradictions parce que finalement on gagne toutes à être des Virginie Despentes qui chantent Dalida.

                                                    

                                                         dalida10.jpg

 

 

Bonus Track : 

 «Je suis surprise que des meufs gagnent leur vie par le mariage, de diverses façons, pensions alimentaires, plusieurs mariages, présence le matin, à midi, le soir, et qu’elles ne se sentent jamais proches de la prostitution, qu’elles ne s’identifient jamais comme femmes vénales » ou encore : « Une des grandes gloires du féminisme c’est d’avoir pas fait de morts, mais le jour ou 15 mecs seront flingues, ça deviendra peut être un mouvement plus digne d’intérêt, enfin étudié par des hommes ».

Virginie Despentes Tecknikart Sept 2010.

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Ivich 01/01/2011 13:11



Oui, justement, c'est bien ça la vraie libération: avoir le choix! Pouvoir concilier ses paradoxes sans succomber aux pressions sociales. Lire Voici si on le veut, s'émouvoir devant Coup de
foudre à Notting Hill, aimer le shopping, puis raffoler de Virginie Despentes, ne jamais se laisser faire, aimer des trucs violents, ou pas, se prendre la tête sur des choses bien plus
existentielles si on veut, entretenir, développer son ambition et son indépendance, pourquoi les uns empêcheraient-ils les autres?


Faire tout ça en toute conscience, savoir quand on est pris pour des ahuris face aux choses qu'on consomme, mais arriver à apprécier ce qu'il reste de cool là-dedans.


Non, vraiment, je ne crois pas qu'il faille faire un choix, que s'adonner à des activités auxquelles on s'attend à ce qu'une personne d'un certain sexe se livre dans une société
hétéronormée soit une faiblesse; on peux choisir l'ultra futilité si c'est en connaissance de cause, parce que ça nous plaît et pas parce qu'on le doit, c'est là qu'on est vraiment libéré!


Par exemple, le collectif Femme Menace réutilise l'image classique de la femme et de l'ultra-féminité à son avantage, en font leur force (elles ont fait récemment le film Too Much Pussy).


Bref, pour moi être libérée c'est être ce qu'on veux, et l'être sans succomber aux pressions, mais juste parce que c'est ainsi qu'on souhaite vivre sa propre vie, sans jamais être aliéné donc,
puisque conscient.


Et aussi, j'aime beaucoup ce blog, je viens de découvrir! Je trouve un blog qui me donne vraiment envie de le suivre une fois tous les trois ans, alors c'est kewl!



Y. 04/01/2011 12:33



Contente d'un accord si enthousiaste! Effectivement j'ai vu Too Much Pussy, récemment ça fait du bien..


Reviens quand tu veux! A très vite!