L'accompagnement sexuel des handicapés : sujet sérieux et titres à la con.

Publié le par Y.

 

On avait promis du fond : en voilà.(j'aime parler de moi à la troisième personne).

Dans ta face le sujet prise de tête.

 

Qui c'est qui est très gentiils? Les gentils! Qui c'est qui est très méchant? Les méchants!


Depuis quelques temps, le sujet de "l'accompagnement sexuel des personnes handicapées" est à la mode. Le député UMP Jean-François Chossy, élabore une loi sur le sujet. Le même qui prônait récemment dans ELLE la réouverture des maisons closes...(mes lectures politiques sont variées).

 

En gros, les défenseurs de ce projet proposent un "service d'accompagnement sexuel" (comme c'est mignon!) qui prendrait exemple sur le système d'autres pays comme le Danemark, la Suisse ou les Pays Bas. Remarquons au passage que tous ces pays sont réglementaristes en matière de prostitution (en gros prostitution encadrée et autorisée).

Roselyne Bachelot (à l'époque en charge des droits des femmes) s'est prononcé contre et les commentaires vont bon train (notamment sous cet article). Il est devenu de bon ton de railler ces féministes coincées et extrémistes ne prenant pas en compte la souffrance des handicapés (comme si ceux la majorité de ceux qui écrivaient ça étaient eux-même dans une situation de handicap).

Même Agnès Girard, une de mes stars du web, a écrit un article là-dessus.

 

La première chose qui m'énerve à ce sujet c'est la charge émotionnelle impliquée. Mettons donc les choses au clair : OUI ce n'est pas drôle d'être handicapé même si NON je n'en sais en fait rien car je ne le suis pas.

D'ailleurs j'ai longtemps hésité avant d'écrire cet article qu'il faut donc prendre comme un point de vue, une réflexion sur les principaux arguments avancés et ce que désigne vraiment ce service. Je me voit mal donner des leçons n'étant pas moi-même concernée.

Il est facile de critiquer le manque de sensibilité de ceux qui s'opposent à ce "service", comme s'ils étaient de simples horribles personnes brandissant des pancartes "Pas de Bras, Pas de Chocolat" autour d'un groupe de polyhandicapés.

Ce qui on en convient serait passablement mesquin.

 

Le droit à la sexualité : la porte ouverte à toutes branlettes.


Certaines personnes handicapées ne pouvant pas satisfaire leurs besoins sexuels, seraient alors victimes d'une souffrance atroce. La reconnaissance d'un droit à la sexualité permettrait de palier à leur solitude et souffrance.

Larme à l'oeil, compatissance, amour universel entre les peuples et les êtres.

Derrière cette idée, on remarquera cependant le postulat de l'existence de pulsions sexuelles quasiment irrépressibles, qu'on ne peut contrôler et, bien entendu, principalement masculines. Pour les perplexes, il suffit de taper Marcel Nuss (principal défenseur du projet) dans Google et de lire ses interviews.

Et il faut arrêter de se voiler la face 5 minutes, oui il y a des femmes handicapées et en théorie ce "service" s'adresserait à elles mais là ou il est appliqué, il est en grande majorité prodigué aux hommes.

Cette idée de pulsions irrépressible étant déjà celle qui sous-tend l'appropriation des corps féminins par les hommes et la domination masculine. Elle sous-tend l'idée que les femmes doivent ce "service" aux hommes et donc  légitime le système prostitutionel quand ce n'est pas le viol.

Attention, loin de moi l'idée de comparer ce "service" à un viol, mais il est intéressant de mettre en lumière le système de pensée qui sous-tend tout cela, un système de pensé sexiste.


Alors ce droit à la sexualité épanouie devra-t-il s'afficher bientôt dans notre constitution? Et pourquoi pas le droit à l'asexualité alors? Et pourquoi pas le droit d'avoir une sexualité de merde? Celui de ne pas jouir toutes les minutes et de ne pas tester toutes les positions recommandées par les magasines? Notons enfin que le "droit à la sexualité" et l'existence de personnes soudainement si "open' sur le sexe me fait bien marrer dans une société toujours homophobes, lesbophobes et transphobe. A croire que tout le monde n'a pas le même droit à la sexualité.


Mais revenons à ce "droit" quelles en seraient les limites? Les handicapés? Physiques ou mentaux? A partir de quel degré de handicap? Qui déciderait de cela? Ou alors on trouverait des critères de mesures de la détresse sexuelle? Messieurs vous êtes grabataire de 80 ans? OK! Vous monsieur? A la rue et isolé socialement depuis  10 ans? Check! C'est là-bas au fond la petite cabane, on vous attends.

En cette période de restriction, pourquoi pas un service public du sexe! (quoi j'exagère?)

 

Et la tendresse bordel!


Il ne serait en aucun cas question de prostitution (ce qui interdit d'évoquer les droits des femmes) mais de tendresse, de social, de SO-LI-DA-RI-TE. Il existerait un cadre législatif et une formation spécifique qui mettrait l'accent sur le côté tendre et émotionnel de la chose.

Certes, mais avec ou sans discussions et caresses, une pipe ou une branlette restent une pipe ou une branlette.

Foutu registre émotionnel.

Donc résumons: mis à part le fait que la personne receveuse est handicapé : je-désigne-la-vente-de prestations-sexuelles-contre-rémunération.. je suis, je suis...

 

La prostitution du lard ou des cochons?


Nous somme dans un pays abolitionniste, quelques soient les débats sur le sujet, avec des principes de non patrimonialité du corps (on ne peut pas le vendre). Et quoiqu'on en dise, la marchandisation du corps c'est caca. Alors oui, toutes les prostitué-e-s ne sont pas misérables, tristes, forcé-e-s et accro au crack au fond d'une cave.

Il reste que la question de la prositution fait beaucoup plus débat que celle de cette "assistance".

Pourquoi alors deux poids deux mesures?

Derrière la neutralité des termes se cache la prostitution. Féminine. Et la réaffirmation des stéréotypes de genre qui sous tendent tout ça. Deuxième chance de lire une interview de Marcel Nuss voici un avant-goût : l'aide peut parfois être accordée par des hommes « acceptant leur part féminine c'est-à-dire leur capacité à donner ».

Lol jaune.

 

Dans un monde parfait pourquoi pas. Dans notre société sexiste, classiste et de plus en plus précaire (BAM!), j'ai du mal à croire que ce ne sont pas les femmes les plus pauvres qui iront au turbin.

Et dans ce cas là, on ne dispose pas de son corps en le vendant.

Mis à part quelque exceptions, vous pensez vraiment que ce sera Marie-Véronique qui ira en bonne bourgeoise tous les jeudi faire oeuvre de charité? Ou encore les nombreux politiques et personnalités prenant position pour ce "service" et se gargarisent de leur libéralisme en la matière?

 

Tout le monde au lit mais gratuit!


Alors QUID des pauvres handicapés?

D'abord peut-être aimeraient-ils qu'on arrête de se lamenter sur leur sort et de les voir comme des grabataires incapables. J'ai participé à une réunion sur le sujet en présence d'un femme handicapée, choquée par cette proposition d'assistanat qu'elle trouvait dégradante.

Il est important de dire que cette proposition est loin de faire l'unanimité chez les personnes concernées.


Ensuite, il faudrait peut-être éviter de masquer le véritable problème : qu'il faille avoir à payer des gens pour coucher ou flirter avec des personnes handicapées.

Il y aurait peut-être un travail de fond à effectuer afin de changer l'image du handicap, permettre aux personnes handicapées de créer du lien, des lieux de rencontres et que sais-je encore.


Car ma position est loin d'être moralisatrice.

(J'aimerais d'ailleurs savoir ce que ces "libéraux" qui me reprochent de l'être pensent des personnes prostituées et s'ils laisseraient leur femme ou fille devenir "accompagnatrice sexuelle").

Je préfère rêver d'un monde où, si l'on veut, on peut tailler une petite pipe à des handicapés ou pourquoi pas créer des assos de services sexuels si ça nous touche mais en le faisant GRATUIT !

 

Publié dans Féminisme(s).

Commenter cet article

VM 11/03/2011 16:13



Ah ! encore ce fameux doi(g)t à la sexualité...



paul 11/03/2011 10:48



vous indiquez très bien lefond du problème : je vous cite


Derrière cette idée, on remarquera cependant le postulat de l'existence de pulsions sexuelles quasiment irrépressibles,
qu'on ne peut contrôler et, bien entendu, principalement masculines.


derrière cette idée, il y a tout un modèle des genres que je trouve dégrandant pour toute personne


on ne se réduit pas à sa sexualité d'une part, mais ce qui va de pair, on se construit et se définit par beaucoup plus
d'aptitudes à une plus large variété d'activités individuelles ET sociales ET affectives ET sensuelles au sens de relation sensorielle et affective TENDRE au monde.


il me semble évident que derrière cette idée de service sexuel à une catégorie particulière d'individus, il y a l'idée de
la légitimation de cette définition phallique de l'identité de genre masculin dominant le genre féminin. Or ce modèle est d'une pauvreté honteuse de reconnaissance des aptitudes de sensibilité
d'un individu... que je trouve dégrandante du fait d'être né malheureusement avec un déterminant biologique masculin. Je refuse d'être défini de cette façon sexuelle obséscionnelle.