Où l'on disserte sur le viol en un pluvieux dimanche soir...

Publié le par Y.

C'est un dimanche de juillet, il a plu tout le week-end et demain les plus chanceux d'entre nous retournent au travail (j'ai comme l'impression qu'on a loupé le moment où les notions de chance et de bonheur ont changées de définition). 

Autant dire que dans ce genre de situation et étant donné que le seul évènement du dimanche aka Le masque et la plume (la notion d'évènement perd également tout son sens un dimanche) ne commence qu'à 20h00, il n'y a que deux options : regarder Sur la route de Madison et Flashdance ou philosopher sur un sujet féministe.

Chanceux que vous êtes, j'ai choisis de vous distraire. Dimanche, pluie, c'est le parfait moment pour parler... du viol!

 

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Tout d'abord : DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK DSK.

Voilà, ça c'est fait, maintenant on en parle plus. Rien à dire là dessus. 

 

De tous ces articles et réactions sur le thème du viol, j'en ai surtout retenu qu'il était nécessaire d'affirmer trois choses.

 

Tout d'abord, le viol, ce n'est pas l'image d'Epinal que l'on en a.

Ce n'est pas un acte commis par un pervers surgit de nul part et perpétré dans une ruelle glauque et mal éclairée en plein milieu de la nuit. C'est à la fois plus banal et tout aussi effrayant : à savoir le plus souvent commis par une personne déjà connue et ce, dans tous les milieux sociaux. Alors pour en savoir plus sur le viol tapez 1 c'est ici.

Bien évidemment, ne pas trop contredire ce cliché est plus rassurant ("ça ne m'arrivera pas si je fais attention") mais si on y pense c'est aussi assez culpabilisant ("ça ne lui serait pas arrivé si elle avait fait attention"). Et c'est aussi bien pratique, ça participe au contrôle social exercé par la société sur les femmes pour les empêcher de trop envahir l'espace public la nuit, espace qui reste chasse gardé de ces messieurs. (tremble complot patriarcal j'ai compris ton petit manège).

 

Deuxio : le viol est un phénomène social de domination des hommes sur les femmes.

Et oui, c'est triste mais c'est comme çà. Depuis bien longtemps, le viol est utilisé pour s'approprier le corps des femmes, contrôler la reproduction, comme arme de guerre... C'est un outil de contrôle et de domination qu'il faut comprendre dans sa dimension sociale (et donc politique) et pas seulement individuelle. Nier l'aspect social du viol, (comme celui des violences domestiques) en arguant qu'il est le fait de "pervers" ou "connards" c'est oublier que quand un phénomène se produit à si grande échelle et dans une direction quasi-unique (en l'occurrence des hommes vers les femmes), c'est un phénomène social. Et qu'en tant que tel, il participe d'un système total : le patriarcat (Ouh le vilain mot!) en lien avec l'éducation, le sexisme, les stéréotypes.. Et si vous n'êtes toujours pas convaincus, pour une démonstration limpide du caractère social et politique du viol c'est dans cet article.

 

Tertio : une prostituée ou une menteuse peuvent être violées. Et surtout peuvent porter plainte pour viol.

Depuis quand aurait-on besoin d'un certificat de moralité pour porter plainte contre un violeur ou se faire entendre par la justice? Il y a certaines circonstances qui justifient de se faire violer?

Cette notion sous-jacente de "dans certaines circonstances elle l'a bien cherché" me dégoûte au plus haut point. Je pense qu'aucune femme n'a jamais cherché à se faire violer. Une femme a un corps, qu'elle peut montrer ou non, qu'elle peut mettre en avant ou non, "vendre" ou non et utiliser comme elle veut mais rien ne justifie qu'on puisse se l'approprier.

Pour éviter de faire de la redite, tout est là, dans cet article sur la notion de consentement. 

A ce sujet, cette initiative m'a d'abord semblé intéressante. En photographiant les vêtements que portaient les victimes au moment même de leur agression, l'artiste les recouvre de la phrase "I've never asked for it" (je n'ai jamais demandé ça) afin de montrer la diversité des habits et appuyer l'idée que ça peut arriver à n'importe qui et pas seulement à des "salopes qui l'auraient bien cherché". Finalement je trouve ça assez contre-productif dans le sens où ça maintient quand même l'idée que celles qui ne sont pas habillées très "normalement" (= comme des putes donc) l'auraient, elles, bien cherché. Du coup, dans le style, je suis quand même beaucoup plus enthousiasmée par les Slutwalks. 


Au fond c'est toujours ce satané problème de la sexualité féminine. En cette période estivale, sois belle, mince, bronzée, sexy et bonne au lit mais pas trop. Sois une bonne amante mais pas une salope. Ou alors à tes risques et périls. Périls de te faire violer ou péril moindre mais déjà humiliant: subir la Walk of shame.

La Walk of Shame c'est ce retour -nécessairement honteux- chez soi au petit matin après une nuit passée chez un étranger. Elle semble ici être décrite comme un phénomène quasi-exclusivement féminin. Les hommes cités sont des cas extrêmes et peu comparables avec les situations "ordinaires" vécues par les femmes. En gros, ils ont certes vécus des "Walk of shame" mais parce qu'ils avaient en l'occurrence de vrais raisons de se sentir humiliés. Les femmes, elles, semblent condamnées à la Walk of Shame simplement car elles ont eu une aventure d'un soir. Sans aller jusqu'à en tirer une certaine fierté, j'ai du mal à voir ce que la honte vient faire dans cette histoire.

Trop de culpabilité pèse sur la sexualité des femmes et après on s'étonne qu'elles aient honte et soient encore très minoritaires à porter plainte après un viol! Ou que la loi contre les violences faites aux femmes ne soit pas bien appliquée.

( Heureusement dans notre superbe société capitaliste, le malheur des gens peut se transformer en profit et on assiste à la naissance du buissness de l'insécurité des femmes.)

 

Bref, il est urgent d'émanciper la sexualité féminine de ces clichés et de rester intransigeant face au viol et l'idéologie qu'il/qui le supporte.

Et parce oui, la sexualité est un enjeu politique et féministe qui est traversé par les notions de domination, je ne peux que vous conseiller -entre autre- d'aller voir "Too much Pussy" qui ressort au cinéma cette semaine et de lire le portrait consacré par Libé à Judy Minx qui est un peu la classe incarnée (et ce, même si je suis parfois hermétique ou en désaccord avec le féminisme pro-sexe)(mais pas trop quand même parce que c'est rigolo, subversif et revigorant). too_much_pussy__-0-copie-2.jpg

 

N. B: Aucun homme n'a été battu durant la rédaction de cet article. D'ailleurs, au cas où on en douterait encore, c'est aussi pour eux qu'on fait ça.

Publié dans Féminisme(s).

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